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Bluewave assemble et conçoit ses produits technologiques audio au Québec

7 Novembre 2017

Produire les gadgets au Québec ? Pas impossible !
 
Maxime Johnson rencontre les créateurs du Bluewave GET, l’un des rares produits technologiques pour le grand public conçu et assemblé au Québec.
 
La trompette de Miles Davis joue dans les écouteurs. Le casque est d’une bonne qualité et branché dans un téléphone intelligent haut de gamme. Le son est beau.
 
Les deux cofondateurs de Bluewave m’invitent ensuite à débrancher le câble et à l’insérer dans l’amplificateur sans fil GET, qui arrive ce mois-ci sur le marché après un an et demi de développement. Ce sont les mêmes écouteurs, le même téléphone et la même chanson, mais le résultat est complètement différent : la trompette se précise, chaque coup donné sur la batterie se distingue des autres. Tout sonne mieux et plus fort. L’effet est saisissant.
 
L’amplificateur sans fil GET est un petit appareil de la taille d’une boîte d’allumettes, conçu pour éviter la désuétude des écouteurs filaires et améliorer leur qualité sonore lorsqu’ils sont utilisés avec un téléphone. « Des écouteurs achetés il y a 20 ans sont encore bons aujourd’hui, la technologie audio n’a pas changé tant que ça », explique Pierre Lelièvre, rencontré dans son bureau campé dans l’ancienne usine Cadbury sur le Plateau Mont-Royal à Montréal.
 
Même si les fabricants de téléphones abandonnent de plus en plus les ports audio qui permettent d’y brancher des écouteurs, les amateurs de musique n’ont pas besoin de remplacer leurs casques existants pour autant, promet la jeune entreprise dirigée par deux audiophiles assumés. Il suffit de les relier à un Bluewave GET, lui-même connecté au téléphone grâce à la technologie sans fil Bluetooth.
 
Pour la qualité sonore avant tout
La lutte à la désuétude n’est pas l’intérêt principal du Bluewave GET. Après tout, Apple et les autres offrent des adaptateurs filaires gratuits avec leurs nouveaux téléphones, et des entreprises vendent des adaptateurs Bluetooth simples pour quelques dizaines de dollars seulement. Le GET coûte quant à lui 165$.
 
L’amplificateur sans fil vise avant tout la qualité sonore. « Les amplificateurs que l’on retrouve dans les téléphones sont conçus pour optimiser la batterie et les conversations téléphoniques », explique Stéphane Lepage, l’autre cofondateur de Bluewave.
 
À part quelques exceptions, les téléphones n’offrent tout simplement pas la puissance requise par les meilleurs casques audios, surtout les modèles plus gros, qui sont de plus en plus populaires. « C’est dommage, on voit des gens payer 400 $ pour un bon casque et le brancher uniquement dans leur téléphone, dit-il. Ils n’ont jamais entendu tout ce qu’il est capable d’offrir. »
 
Notons que le GET, dont les circuits électroniques ont été conçus par Pierre Lelièvre lui-même, améliore aussi le son des ordinateurs et des écouteurs abordables, comme les oreillettes fournies avec les téléphones. L’effet est toutefois alors plus subtil.
 
La production de gadgets au Québec est-elle possible?
Pierre Lelièvre a œuvré dans le monde de l’audio, et Stéphane Lepage a notamment été designer industriel pour Peugot Citroën, mais aucun des deux n’avait créé de produit de toutes pièces de la sorte jusqu’ici. Selon eux, il est plus facile que jamais pour les nouveaux entrepreneurs de produire des gadgets électroniques.
 
« Le sociofinancement a beaucoup changé la donne », explique Stéphane Lepage, dont l’entreprise a amassé l’année dernière environ 165 000$ sur la plateforme de financement Indiegogo pour débuter la production du GET. « Une campagne comme celle-là permet surtout de tester le marché, et aide à convaincre les banques et les organismes du potentiel de la démarche par la suite. »
 
L’industrie électronique est aussi dans l’ensemble plus ouverte qu’auparavant à faire affaire avec des petits joueurs du genre. « Je ne pense pas que Qualcomm, qui fabrique notre puce principale, aurait travaillé avec nous il y a cinq ans seulement », affirme le designer.
 
Mais s’il est relativement facile de concevoir un appareil électronique au Québec, le produire localement est autrement plus difficile. Le plus souvent, le design est imaginé ici, mais l’assemblage est effectué ensuite en Asie.
 
Bluewave a plutôt opté pour assembler son appareil en majeure partie dans la Belle Province. Les pièces de plastique sont moulées en Chine, mais les circuits électroniques et l’assemblage du GET se font en banlieue de Montréal. La chose n’est pas unique, mais elle est plutôt rare: l’accessoire pour vélos SmartHalo, par exemple, est lui aussi assemblé ici. Mais il est difficile de trouver plusieurs autres exemples dans les produits pour le grand public.
 
« Ce qu’on fait au Québec, ce sont surtout des produits de bas volume, avec grande valeur ajoutée », explique Stéphane Lepage. Les appareils audio de la gamme Moon du fabricant SimAudio, qui se vendent souvent des dizaines de milliers de dollars, en sont un bon exemple.
 
Peut-on prévoir un boom dans la production d’appareils électroniques au Canada? Pas selon le cofondateur de Bluewave. D’abord, il y a la question du prix: produire au Canada coûte évidemment plus cher qu’en Chine, surtout en grosses quantités. Ce coût à la production locale est moins important pour un nouveau produit comme le GET, du moins pour les premiers mois, puisque voyager à Brossard est plus économique que se déplacer en Asie, et que la qualité y est plus facile à assurer.
 
Mais pour Stéphane Lepage, le prix n’est pas le facteur le plus important dans son raisonnement. « On n’a tout simplement pas la capacité de production pour faire des appareils pour le grand public, dit-il. On aime que notre produit soit fait ici, mais s’il connaît un grand succès et que le rythme de production doit augmenter, notre fournisseur ne pourra pas en fabriquer plus. »
 
Bluewave continuera de concevoir ses nouveaux appareils à Montréal, mais la production, elle, risque bel et bien de s’installer en Chine. « C’est une question de ressources industrielles », se désole le cofondateur de l’entreprise.
 
L’arrivée de nouvelles petites entreprises pourrait-elle renverser la tendance et permettre au secteur de se développer? Stéphane Lepage en doute. « Ça ne prendrait pas 100 compagnies comme la nôtre pour changer la donne, ça en prendrait 10 000, illustre-t-il. La quantité d’investissements serait gigantesque. Dans la région de Shenzen, il y a des millions de personnes qui ne font que ça, assembler des télés et des gadgets. »
 
Si Bluewave ne comptait desservir que le marché québécois, la chose serait possible, mais l’entreprise a des visées beaucoup plus grandes. « Nous traverserons le pont lorsqu’on y sera rendu, note toutefois le cofondateur. En attendant, on aime produire ici, et nous allons essayer de le faire le plus longtemps possible. »
 
Source : JOHNSON, Maxime, « Produire les gadgets au Québec ? Pas impossible ! », L'Actualitéhttps://lactualite.com/techno/2017/11/03/produire-les-gadgets-au-quebec-pas-impossible/, publié le 3 novembre 2017. 

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